Prothèses « made in China » : à Nantes, des dentistes du groupe VYV risquent le licenciement pour avoir refusé d’en poser

Plusieurs chirurgiens-dentistes salariés du centre VYV Dentaire de Nantes ont été convoqués à des entretiens préalables à sanction, pouvant aller jusqu’au licenciement. En cause : leur refus de généraliser la pose de prothèses importées, notamment depuis la Chine, une politique d’approvisionnement défendue par la direction au nom de la viabilité économique du modèle mutualiste.
Une crise qui couve depuis le printemps
Le différend n’est pas nouveau. Dès mai 2026, cinq chirurgiens-dentistes du centre VYV Dentaire de Nantes avaient été suspendus après avoir refusé de proposer à leurs patients des couronnes et des implants d’origine exclusivement chinoise. Selon les praticiens concernés, cette politique d’approvisionnement fragilise le suivi clinique : les échanges avec des prothésistes situés à l’étranger, plus complexes et moins réactifs qu’avec un laboratoire local, compliquent les ajustements nécessaires en cours de traitement. Les dentistes y voient également une atteinte à leur liberté de prescription, principe qu’ils considèrent comme fondamental dans l’exercice médical.
L’argument économique de la direction
Interrogée par 20 Minutes au moment des premières suspensions, la direction de VYV3 Pays de la Loire a défendu sa position en expliquant que 70 % des achats de prothèses, en valeur, continuaient de provenir de France. Le recours à deux laboratoires étrangers, engagé depuis 2024 en complément des partenaires locaux, viserait à garantir un modèle économique soutenable pour l’ensemble de la structure mutualiste à but non lucratif. Les prothèses importées, moins coûteuses à produire mais revendues au même tarif que les prothèses françaises, généreraient selon la direction une marge destinée à soutenir la pérennité de l’activité.
Une convocation qui fait craindre une nouvelle vague de sanctions
Plusieurs mois après les premières mises à pied, la situation s’est de nouveau tendue à la rentrée 2026 : plusieurs praticiens du centre auraient été convoqués à des entretiens préalables à sanction, une procédure qui peut déboucher sur un licenciement. Ces convocations interviennent dans un climat déjà dégradé, marqué par des arrêts maladie répétés et des départs de personnel, qui auraient conduit à une réduction significative de l’effectif de dentistes du centre au cours de la dernière année.
Un différend qui dépasse le seul cas nantais
Le cas de VYV Dentaire à Nantes n’est pas isolé. Plusieurs questions écrites déposées à l’Assemblée nationale ces derniers mois pointent une politique similaire dans d’autres centres du groupe, notamment dans le Tarn, où la direction nationale de VYV Dentaire aurait imposé le recours à un laboratoire sous-traitant en Chine, au détriment d’un prothésiste local. Des élus alertent sur les conséquences pour la filière française de prothèses dentaires, déjà fragilisée depuis plusieurs années par la concurrence des importations à bas coût, un mouvement de fond que plusieurs parlementaires relient au plafonnement des honoraires prothétiques introduit par la convention dentaire de 2020.
Au-delà du conflit social lui-même, ce dossier ravive une question de fond pour l’exercice salarié en centre de santé : jusqu’où la liberté de prescription du praticien peut-elle être contrainte par une politique d’achats décidée au niveau national d’un groupe ? La question touche directement à la responsabilité clinique du chirurgien-dentiste, qui reste engagée vis-à-vis du patient quel que soit le choix du prothésiste imposé par son employeur.


