L’OMPL (Observatoire prospectif des métiers et des qualifications dans les entreprises libérales), a mené une étude sur l’équipe dentaire en Europe. Leurs travaux centrés sur les questions emploi-formation, constituent des analyses des changements en cours et apportent des éléments de réflexion aux partenaires sociaux dans le cadre de l’élaboration de leur politique.

Pour cette étude, six pays ont été sélectionnés pour une analyse approfondie : la Belgique, le Royaume-Uni, le Danemark, l’Allemagne, l’Italie et la Roumanie.

Organisation des soins dentaires

Selon l’étude de l’OMPL, la France se situe dans une position médiane en Europe entre les pays des types « Europe du Sud » et « Europe de l’Est » (encore en structuration, tant en termes d’accès et de prise en charge des soins, que de professionnalisation des équipes dentaires) et les pays aux types « scandinave », « anglo-saxon » et « germanique »   (caractérisés par un niveau élevé d’accès aux soins et de santé dentaire, des politiques de santé dentaire orientées vers les soins prophylactiques, et des équipes élargies et hautement professionnalisées).

La France est caractérisée par un niveau élevé de prise en charge des soins, des politiques tournées vers les soins conservateurs, et des équipes dentaires plutôt resserrées et qualifiées.

Un nouveau modèle de cabinet dentaire semble émerger en Europe : celui de la clinique dentaire. De taille importante, elle permet des économies d’échelle, une stricte rationalisation des ressources et un objectif de forte lucrativité impliquant souvent des financeurs extérieurs. Leur concurrence croissante suscite des inquiétudes chez la plupart des praticiens européens. Ce type de structure vient répondre à des enjeux démographiques, réglementaires et économiques :

Délégation et substitution d’actes

La délégation et la substitution d’actes dentaires constituent une réponse aux nouveaux enjeux d’activité. Ces modalités d’organisation sont clairement encadrées aux niveaux européen et national : là où la délégation permet la réalisation d’actes dentaires par une assistante ou un hygiéniste sous la stricte autorité du chirurgien-dentiste, la substitution permet la pose de diagnostic et la réalisation d’actes de soins en toute autonomie.

La délégation d’actes est ainsi diffusée dans cinq des six pays étudiés, et la substitution dans quatre pays. En France, ces modalités d’organisation ne sont pas déployées au sein des cabinets. Malgré certaines réticences encore persistantes, la délégation et la substitution ont prouvé leur efficacité : à la fois levier économique pour les cabinets, levier de santé dentaire pour les patients et les systèmes de santé, et levier d’évolution pour les personnels habilités.

Organisation de l’équipe dentaire et management

L’étude a permis de mettre en évidence quatre organisations types de cabinets dentaires, à la variabilité induite par la composition et la spécialisation des équipes, la délégation d’actes et les modes de management.

Salariés des cabinets dentaires

L’organisation de base des cabinets européens s’articule autour de chirurgiens-dentistes généralistes, d’assistantes dentaires et de fonctions support. Le binôme chirurgien-dentiste/assistante dentaire occupe toujours une position centrale, réaffirmant ainsi le caractère structurant du travail à quatre mains, mais aussi des missions annexes clés pour la rentabilité du cabinet.

Le contenu des métiers est globalement harmonisé autour de missions « socle » exercées sous l’autorité directe du chirurgien-dentiste.

La variabilité des emplois est quant à elle induite par le type de professionnel concerné, la taille du cabinet et/ou la réalisation d’actes complémentaires spécialisés.

De nouveaux métiers dans les cabinets dentaires pour répondre aux enjeux d’activité ?

En réponse aux nouveaux enjeux d’activité (rentabilité, demande de soins préventifs, spécialisés…), d’autres métiers spécialisés des soins ou de la gestion sont également de plus en plus présents, en particulier dans les grands cabinets : chirurgiens-dentistes salariés et/ou spécialisés (implantologie, orthodontie…), hygiénistes, assistantes dentaires spécialisées, technique dentaire.

En particulier, le métier d’hygiéniste dentaire se diffuse progressivement : émergent en Belgique et en Italie, il est plus solidement installé au Royaume-Uni, au Danemark et en Allemagne. L’hygiéniste réalise généralement des missions « socle » d’examen et de diagnostic, et des soins prophylactiques, voire des soins conservateurs sans anesthésie. Ces missions sont effectuées avec un degré d’autonomie variable, qui témoigne de la structuration en cours de la profession : actes uniquement délégués en Allemagne, substitution limitée en Italie et en Belgique, et très étendue au Royaume-Uni et au Danemark, où l’exercice indépendant est même possible.

Qu’en est-il de la fidélisation du personnel des cabinets dentaires ?

Les équipes dentaires sont aujourd’hui confrontées à trois enjeux transverses de ressources humaines : l’articulation des activités dans une équipe élargie, le recrutement et le turnover et la formation des équipes aux compétences stratégiques (actes délégués, gestion, management). Ces enjeux de ressources humaines se traduisent différemment selon les métiers.

Formation des assistants dentaires et des hygiénistes et perspectives d’évolution

Dans les six pays étudiés, le contenu des formations initiales d’assistante dentaire est relativement homogène : des enseignements préparant aux missions « socle », avec un temps minimal de formation théorique autour de 300 heures, et une importance avérée de la dimension pratique de la formation (ateliers en centre de formation, stages, apprentissage). La durée des formations initiales diffère néanmoins : deux à trois ans dans les pays où la profession est structurée de longue date et inclut une part de délégation d’actes (Allemagne, Danemark, Royaume-Uni), contre des formations courtes et professionnalisantes (six mois à un an) visant souvent des professionnelles en reconversion et demandeuses d’emploi en Belgique et en Italie.

Les formations initiales d’hygiéniste dentaire sont également uniformisées : inspirées des formations initiales des chirurgiens-dentistes, elles se caractérisent généralement par un niveau licence, des conditions d’accès plutôt sélectives et la prépondérance de cours théoriques, parfois en inadéquation avec les connaissances réellement nécessaires dans le cadre de leur pratique.

La formation professionnelle continue est quant à elle très inégalement mobilisée : dans certains pays, elle se limite à la mise à jour obligatoire des connaissances (certification radio…), tandis qu’elle constitue pour d’autres un véritable levier pour accompagner le parcours d’évolution professionnelle et de spécialisation des professionnels, notamment des assistantes dentaires.

En particulier, le Royaume-Uni et l’Allemagne se distinguent par la structuration de parcours de formation continue certifiante à destination des assistantes dentaires, ouvrant la voie à une spécialisation voire à l’évolution vers la profession d’hygiéniste : strictement balisé et progressif en Allemagne, et plus modulaire au Royaume-Uni. Ces parcours, inexistants dans les autres pays européens, y compris en France, sont largement plébiscités par les équipes dentaires.

Quels sont les enseignements à retenir de cette étude pour les cabinets dentaires français ?

Cette mise en perspective européenne débouche sur deux principaux axes de travail inspirant l’action emploi-formation de la branche des cabinets dentaires. Les pistes d’actions associées sont centrées sur l’élargissement des missions des salariés français, l’introduction de la délégation d’actes au sein des cabinets, et la structuration de parcours professionnels pour les assistantes dentaires.

Axe 1 : accompagner la mue des cabinets dentaires vers une organisation plus rationalisée, élargie, verticale et spécialisée.

Axe 2 : améliorer l’attractivité du métier d’assistante dentaire et les opportunités d’évolution professionnelle associées.

À terme, ces pistes pourraient ainsi contribuer à favoriser les évolutions professionnelles au sein de la branche, dans la lignée des bonnes pratiques européennes.

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Source : L’ OMPL

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