En début de semaine, cinq chirurgiens-dentistes ont été mis à pied par leur employeur, la direction du groupe VYV3, accusés de ne pas respecter les consignes concernant l’importation de prothèses étrangères. Le groupe mutualiste avait fixé un objectif clair : importer au minimum 30 % des prothèses utilisées, une décision qualifiée de choix stratégique financier assumé, censé garantir un modèle économique soutenable et maintenir une offre de soins de proximité accessible.
Les cinq praticiens, sur les sept présents dans le centre, ont donc été mis à pied pour trois jours. Une sanction qui ne passe pas.
Du côté des praticiens et du syndicat FO, le principe même de cette directive est inacceptable. Pour les dentistes, il s’agit d’une atteinte à la liberté de conscience professionnelle : ce sont eux qui posent en bouche, ils doivent avoir la possibilité de choisir ce qu’ils mettent en bouche.
Face à cette directive, cinq des sept dentistes avaient décidé de proposer aux patients, au choix, des prothèses françaises ou des prothèses chinoises. Or, le tarif final ne changeant pas selon l’origine de la prothèse, seule la marge réalisée par le groupe diffère. Sans surprise, sans différence de tarif, les patients n’hésitent pas longtemps et restent attachés à la fabrication made in France, si bien que le seuil des 30 % demandé par la direction n’est pas atteint.
Pour Anthony Kerdreux, délégué syndical FO, le problème dépasse la seule question prothétique : en choisissant d’acheter des prothèses en Chine, dans des conditions sociales et environnementales dégradées, la direction fragilise toute une filière française.
VYV3 ne l’entend pas de cette oreille. Le groupe assure que ses exigences de qualité, de traçabilité et de conformité sont strictement identiques pour toutes les prothèses, qui répondent aux normes européennes, et que les laboratoires sont certifiés et régulièrement audités.
En 2025, 70 % des achats de prothèses provenaient déjà de France pour l’ensemble des 130 centres de VYV3, mais depuis deux ans, l’antenne ligérienne a référencé deux nouveaux laboratoires étrangers en complément des partenaires locaux.
Au-delà du fond, c’est la forme même de la sanction qui est remise en cause. Dans le règlement intérieur de l’entreprise, la mise à pied existe pour d’autres salariés, mais les chirurgiens-dentistes sont sous le Code du travail et non sous une convention collective. Il n’est pas précisé pour les chirurgiens-dentistes la possibilité d’avoir cette sanction, ni le nombre de jours maximum — ce qui constitue pourtant une obligation légale.
La direction générale a répondu que, même si cela n’était pas précisé, elle avait pris le « mieux-disant » en ne sanctionnant que trois jours ; le règlement prévoyant des mises à pied de trois, cinq ou sept jours pour les autres salariés.
Les conséquences dépassent aussi le cabinet : la mise à pied a un impact psychologique sur les praticiens, dont certains étaient déjà en arrêt de travail. Elle affecte également les patients qui se retrouvent sans créneaux disponibles, et les assistantes dentaires qui ne peuvent pas travailler en l’absence des praticiens.
Cette affaire nantaise illustre une tension structurelle qui monte dans les centres de santé dentaire en France : celle entre la logique de groupe (rentabilité, standardisation des achats, optimisation des marges) et l’exercice libéral de la médecine bucco-dentaire, fondé sur l’indépendance clinique du praticien. Si les grands groupes mutualistes et commerciaux continuent de se développer, la question de l’autonomie des chirurgiens-dentistes salariés va inévitablement s’imposer comme un enjeu majeur de la profession.
Source : France 3 Pays de la Loire (mai 2025)