Des chercheurs du King’s College de Londres ont découvert que la kératine, protéine présente dans les cheveux et la laine, pouvait réparer l’émail dentaire et stopper les caries à un stade précoce. Cette innovation, encore en phase de développement, pourrait aboutir à un dentifrice ou un gel professionnel d’ici deux à trois ans.
Un constat : l’émail dentaire, une ressource non renouvelable
L’érosion de l’émail constitue un problème de santé publique majeur. Elle touche près de 2 milliards de personnes dans le monde et résulte de multiples facteurs : alimentation acide, consommation de boissons sucrées, vieillissement ou hygiène bucco-dentaire insuffisante. Contrairement aux os et aux cheveux, l’émail ne se régénère pas. Une fois perdu, il est irrémédiablement détruit, entraînant sensibilité, douleurs et parfois perte des dents.
Jusqu’ici, le fluor restait la référence pour ralentir ce processus, sans pour autant inverser les dommages.
La kératine : un « échafaudage cristallin » pour protéger les dents
Les chercheurs britanniques ont montré que, lorsqu’elle est appliquée sur une dent, la kératine interagit avec les minéraux de la salive pour former une structure cristalline imitant l’émail. Ce « film » attire les ions calcium et phosphate, favorisant la croissance progressive d’une couche protectrice.
Résultat :
- l’érosion de l’émail est stoppée,
- les microfissures se comblent,
- les canaux nerveux exposés, responsables de la sensibilité, sont scellés.
Cette avancée a été détaillée en août 2025 dans la revue Advanced Healthcare Materials.
Un traitement écologique et plus esthétique
La kératine utilisée dans ces recherches provient de cheveux ou de laine de mouton, matériaux abondants et souvent considérés comme des biodéchets. Cette approche s’inscrit donc dans une logique de recyclage circulaire.
Autre avantage : contrairement aux résines plastiques couramment employées en dentisterie restauratrice, souvent toxiques et peu durables, la kératine est biodégradable et se rapproche de la teinte naturelle des dents, rendant les réparations moins visibles.
Un dentifrice… ou un gel appliqué en cabinet
Deux applications sont envisagées :
- Un dentifrice quotidien enrichi en kératine, à l’apparence et au goût d’une pâte fluorée classique,
- Un gel professionnel, appliqué en cabinet comme un vernis protecteur, pour les cas nécessitant une intervention ciblée.
Les chercheurs espèrent voir ces produits sur le marché d’ici deux à trois ans, sous réserve de partenariats industriels.
Accessibilité et perspectives
Les scientifiques insistent sur l’importance de rendre cette innovation abordable et largement disponible, et non réservée à un marché haut de gamme. « Nous voulons que chacun puisse y avoir accès », souligne le Dr Sherif Elsharkawy, chercheur principal.
Au-delà des perspectives cliniques, cette découverte illustre un tournant plus large : l’essor de la biotechnologie appliquée à la dentisterie, où les matériaux issus du corps ou de déchets biologiques deviennent des ressources thérapeutiques.










