Devant la 31ᵉ chambre correctionnelle du tribunal de Paris, un chirurgien-dentiste de 62 ans est jugé à la suite d’une plainte déposée par un ancien patient. Ce dernier l’accuse de ne pas avoir réalisé lui-même les soins prodigués. Une affaire judiciaire qui dure depuis près de dix ans et qui a profondément bouleversé la vie du praticien.
Une affaire jugée devant le tribunal correctionnel de Paris
L’affaire a été examinée devant la 31ᵉ chambre correctionnelle du tribunal judiciaire de Paris. Au centre du dossier : Alain, chirurgien-dentiste de 62 ans, bientôt retraité, poursuivi par l’un de ses anciens patients.
Le plaignant, Eric, affirme que les soins qu’il a reçus dans ce cabinet n’auraient pas été réalisés par le praticien lui-même mais par un assistant dépourvu des qualifications nécessaires.
Sur cette base, il accuse le dentiste de complicité d’exercice illégal de la médecine, une infraction pénale prévue par le Code de la santé publique.
Le praticien conteste catégoriquement ces accusations et affirme avoir personnellement pris en charge son patient.
Mais après près d’une décennie d’enquête, les investigations n’ont pas permis d’établir avec certitude quelle version des faits est la bonne.
Un parcours professionnel marqué par un engagement auprès des patients séropositifs
Lors de l’audience, Alain a retracé son parcours professionnel. Il explique avoir débuté sa carrière au début des années 1990, en pleine crise du sida.
À l’époque, explique-t-il, de nombreux patients séropositifs peinaient à trouver des praticiens acceptant de les prendre en charge par crainte de la contamination.
Le dentiste indique avoir alors choisi de se spécialiser dans cette patientèle et d’ouvrir un cabinet tourné vers la prise en charge de cas complexes.
Son approche, selon ses propres mots, reposait sur « la passion, l’empathie, la méthode et l’obsession de bien faire ».
Il affirme avoir toujours privilégié des traitements sur le long terme visant à restaurer la fonction et l’esthétique du sourire chez des patients dont la dentition avait été lourdement affectée par la maladie ou ses traitements.
Un traitement lourd et complexe
Le praticien se souvient précisément de la première consultation d’Eric en décembre 2014.
Selon lui, le patient présentait une dentition très dégradée qui ne lui permettait plus de s’alimenter normalement. Le dentiste décrit l’un des cas les plus difficiles de sa carrière.
Le plan de traitement mis en place s’est étalé sur environ deux ans et a impliqué plusieurs interventions chirurgicales, notamment des implants dentaires et des greffes osseuses.
Au total, cinq opérations importantes de la mâchoire auraient été nécessaires.
À l’issue du traitement, Alain affirme que le patient s’était montré particulièrement satisfait. Il évoque notamment un message reçu de sa part accompagné de deux magnums de champagne et d’une photo de son nouveau sourire.
Une relation qui se dégrade après le traitement
Selon le dentiste, la situation aurait changé après une dégradation ultérieure de l’état de la mâchoire du patient.
Eric décide alors de déposer plainte au pénal et de saisir également les instances ordinales.
Le praticien explique avoir finalement été blanchi devant l’Ordre des chirurgiens-dentistes, mais la procédure judiciaire engagée par son ancien patient se poursuit.
Au fil des années, cette affaire aurait eu de lourdes conséquences personnelles et professionnelles pour le dentiste.
Il affirme avoir progressivement perdu une partie de sa clientèle, traversé une période de dépression et développé une maladie grave qu’il n’a pas souhaité détailler devant le tribunal.
Une procédure aux conséquences personnelles lourdes
Face à ces difficultés, Alain a finalement décidé de vendre son cabinet en 2024.
Aujourd’hui, il explique vivre avec environ 700 euros par mois et évoque un profond impact psychologique lié à cette affaire judiciaire.
« J’ai soigné 15 000 patients et aucun autre ne s’est jamais plaint », a-t-il déclaré à l’audience.
Comme souvent dans ce type de dossiers, l’enjeu judiciaire repose sur la capacité à établir précisément qui a réalisé les actes médicaux.
Or, malgré les années d’enquête, les éléments recueillis n’ont pas permis de trancher définitivement cette question.
Une réquisition du parquet
À l’issue de l’audience, la procureure de la République a estimé qu’il était probable que les soins aient été réalisés par l’assistant du cabinet.
Elle a requis une amende de 10 000 euros ainsi qu’une interdiction d’exercer pendant trois ans avec sursis.
La décision du tribunal permettra de déterminer si les éléments du dossier sont suffisants pour retenir l’infraction d’exercice illégal de la médecine.









