Tout commence en mars 2025, lorsque le cabinet ferme brutalement ses portes pour « raisons de santé » de son dirigeant, laissant quelque 2 000 patients sans suivi. À cette époque, une première sanction disciplinaire avait déjà été prononcée fin 2024 par la chambre disciplinaire de première instance de Nouvelle-Aquitaine : trois mois d’interdiction d’exercer avec sursis, pour non-port de masque et de gants et réalisation de soins en bouche par des assistantes dentaires.
Le cabinet avait rouvert à la surprise générale le 20 août 2025, avant de fermer de nouveau le 9 décembre, après que l’ARS de Nouvelle-Aquitaine eut prononcé une suspension préventive du praticien pour des motifs de sécurité sanitaire, une mesure contestée sans succès devant le tribunal administratif de Limoges en février 2026.
Lors de l’audience du 12 mars 2026 à Bordeaux, la représentante de l’ARS a détaillé six signalements à charge. Outre les problèmes d’hygiène et le travail en bouche des assistantes dentaires déjà sanctionnés, il est reproché au praticien une discontinuité des soins entre mars et août 2025, des difficultés imposées aux patients pour récupérer leurs dossiers médicaux, des traitements non aboutis, et la réalisation d’actes non justifiés. À titre d’exemple, dix-neuf radios auraient été réalisées sur un même patient enfant sur l’ensemble de son suivi, un chiffre contesté par la défense, qui a fait valoir que l’adolescent avait grandi de quarante centimètres sur quatre années de traitement.
L’avocate du Dr S., a maintenu pour sa part une « absence de nouvelles preuves au dossier » permettant d’établir la persistance des manquements après la première procédure disciplinaire. Elle a également rappelé que son client n’avait pas été mis en examen à l’issue de la perquisition conduite au cabinet le 28 novembre 2025 et des gardes à vue de l’ensemble de l’équipe.
La sanction prononcée (trois mois d’interdiction dont un ferme) remplace et met fin à la suspension préventive de l’ARS qui courait jusqu’en mai 2026. En pratique, si aucune partie ne fait appel dans le délai de 30 jours suivant la notification de la décision, le Dr S. aurait théoriquement la possibilité de reprendre son activité. Mais l’ensemble du personnel du cabinet a entre-temps été licencié, ce qui rend une reprise immédiate peu probable dans les mêmes conditions.
Par ailleurs, la chambre disciplinaire nationale doit encore entendre le praticien avant l’été, dans le cadre de l’appel interjeté par l’Ordre national contre la première sanction, jugée trop clémente. Une troisième instance reste donc à venir sur le plan ordinal.
Indépendamment de la procédure ordinale, une enquête pénale est en cours, suivie par la juridiction interrégionale spécialisée (JIRS) de Paris. Le Dr S. y est poursuivi pour exercice illégal de la chirurgie dentaire, escroquerie au préjudice d’un organisme de protection sociale, blanchiment et blessures involontaires ayant entraîné une incapacité temporaire de travail supérieure à trois mois. Ces chefs d’accusation sont distincts des griefs déontologiques traités par la chambre disciplinaire, et leur issue ne dépend pas de la décision ordinale.
La question du suivi des 2 000 patients reste entière. Un cabinet concurrent a ouvert début 2026 à Limoges, porté par deux frères orthodontistes originaires de la ville, qui avaient déjà manifesté leur intérêt pour une reprise dès mars 2025. Mais la reprise de la patientèle ne s’est pas faite de manière organisée, laissant de nombreuses familles chercher des solutions par leurs propres moyens.