Les plateformes de vente en ligne ont profondément modifié les habitudes d’approvisionnement des chirurgiens-dentistes. Accès rapide, prix attractifs, large choix de fournisseurs français et étrangers : la commodité est réelle. Mais le Conseil national de l’Ordre des chirurgiens-dentistes (ONCD) tire la sonnette d’alarme : la multiplication de l’offre s’accompagne d’une montée en puissance des dispositifs médicaux non conformes. Et la responsabilité, en cas de problème, repose entièrement sur le praticien.
Un marché qui s’est ouvert et avec lui…les risques
Le développement du e-commerce a ouvert aux chirurgiens-dentistes un accès sans précédent à des gammes de produits autrefois accessibles uniquement via des réseaux de distribution spécialisés. Instruments, consommables, matériaux prothétiques, dispositifs implantaires : tout ou presque se commande désormais en quelques clics, parfois auprès de fournisseurs situés hors de l’Union européenne.
C’est précisément ce contexte qui a conduit le Comident, association représentant les fabricants et distributeurs de produits dentaires, à alerter l’Ordre en mars dernier sur l’accroissement de l’offre de dispositifs médicaux non conformes. La facilité d’accès, souligne l’Ordre, ne doit pas conduire à un relâchement de la vigilance. Le praticien reste entièrement responsable des dispositifs qu’il utilise dans le cadre de sa pratique, quelle que soit la source d’approvisionnement.
Ce que la réglementation européenne impose
Le cadre est fixé par le Règlement (UE) 2017/745 relatif aux dispositifs médicaux, d’application obligatoire dans tous les États membres. Il repose sur quatre piliers que tout praticien doit connaître.
Le marquage CE est la condition sine qua non. Sauf exceptions expressément prévues, tout dispositif médical mis sur le marché européen doit en être revêtu. Son absence suffit à disqualifier un produit.
La traçabilité constitue le deuxième impératif. Chaque dispositif doit permettre d’identifier le fabricant, de retrouver ses références et de reconstituer son parcours tout au long de son cycle de vie. Cette exigence n’est pas une formalité : elle est la condition qui permet, en cas d’incident ou de rappel de produit, de réagir rapidement et de protéger les patients.
La documentation technique doit accompagner le produit : notice d’utilisation, informations sur les performances, conditions d’usage. Un dispositif livré sans ces éléments n’est pas conforme, quelle que soit sa présentation commerciale.
La responsabilité du praticien utilisateur, enfin, est explicitement engagée. Le chirurgien-dentiste doit s’assurer, avant toute utilisation, que le matériel qu’il emploie répond aux exigences réglementaires. L’ignorance ne constitue pas une circonstance atténuante.
Trois niveaux de risque à mesurer
Utiliser un dispositif médical non conforme n’est pas seulement une faute réglementaire abstraite. Les conséquences sont concrètes, et elles s’articulent à trois niveaux.
Sur le plan sanitaire, un dispositif dont la conformité n’a pas été vérifiée peut être défectueux, présenter des performances insuffisantes ou comporter des risques non documentés. C’est la sécurité du patient qui est directement en jeu : complications post-opératoires, résultats cliniques insatisfaisants, incidents matériels.
Sur le plan juridique, le recours à un dispositif non conforme peut caractériser un manquement aux obligations professionnelles. En cas de dommage causé au patient, la responsabilité civile du praticien est susceptible d’être engagée. La dimension disciplinaire n’est pas non plus à écarter : une faute de cet ordre peut faire l’objet d’une procédure ordinale.
Sur le plan assurantiel, le risque est souvent sous-estimé. Les contrats de responsabilité civile professionnelle couvrent les actes réalisés dans le respect des règles en vigueur. L’utilisation d’un dispositif non conforme peut entraîner une exclusion de garantie, avec des conséquences financières que le praticien devra alors assumer seul.
Acheter en ligne : les signaux qui doivent alerter
La vigilance s’impose en particulier lors des achats sur Internet. Plusieurs indices doivent conduire à s’interroger sérieusement avant de passer commande.
Un prix anormalement bas est le premier signal. Il peut traduire l’absence de processus de certification, des matériaux de substitution ou une traçabilité inexistante. Le gain immédiat peut coûter beaucoup plus cher à terme.
Un vendeur difficilement identifiable : aucune adresse physique claire, aucunes coordonnées vérifiables, pas de statut juridique apparent, est un autre motif de prudence. La fiabilité d’un fournisseur repose sur sa capacité à être contacté, à assumer sa responsabilité et à fournir un suivi en cas de problème.
L’absence ou l’insuffisance de documentation est le troisième signal d’alerte majeur. Tout dispositif médical conforme doit être livré avec une notice d’utilisation rédigée dans la langue du pays d’utilisation, des informations relatives au fabricant et, le cas échéant, un marquage CE identifiable. Un produit qui n’est pas accompagné de ces éléments ne doit pas être utilisé.
Bonnes pratiques : ce que l’Ordre recommande
Face à ces risques, l’ONCD formule des recommandations claires à destination des praticiens.
Privilégier des fournisseurs clairement identifiés et reconnus, dont la réputation et la localisation sont établies. Recourir à des circuits d’approvisionnement transparents, offrant des garanties documentées en matière de conformité. Vérifier systématiquement la traçabilité des dispositifs avant utilisation. Contrôler la présence des éléments réglementaires obligatoires : marquage CE, notice, informations fabricant. Et enfin, conserver l’ensemble des documents d’achat : factures, notices, fiches techniques. Ces documents peuvent s’avérer déterminants en cas de litige ou d’inspection.
L’achat de matériel dentaire en ligne est une pratique qui s’est normalisée et elle n’est pas condamnable en soi. Mais elle suppose une rigueur accrue, que les circuits traditionnels rendaient en partie automatique. La responsabilité du chirurgien-dentiste ne s’arrête pas à la qualité du geste clinique : elle commence au moment où il choisit les dispositifs qu’il va utiliser. Dans un environnement où l’offre non conforme progresse, cette vigilance n’est plus optionnelle.
En attendant le déploiement complet de ce réseau, les chirurgiens-dentistes peuvent également s’appuyer sur les ressources disponibles en ligne. Dynamique Dentaire propose notamment une infothèque du matériel dentaire, qui permet de trouver des informations fiables et structurées sur les équipements, un complément utile pour tout praticien soucieux de faire des choix éclairés.
Source : Conseil national de l’Ordre des chirurgiens-dentistes (ONCD), alerte Comident, mars 2025. Règlement (UE) 2017/745 relatif aux dispositifs médicaux.










