Risque auditif au cabinet dentaire : les URPS sonnent l’alarme et interpellent le CNP-CD

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Dans cet article :
  • Les mesures réalisées en 2023 font état d’une exposition moyenne de 80 dB(A) sur une journée de travail de 8 heures, seuil à partir duquel le Code du travail impose la mise à disposition de protections auditives.
  • Les URPS Bretagne et Nouvelle-Aquitaine demandent au CNP-CD une reconnaissance du risque auditif dentaire au titre du tableau n°42 des maladies professionnelles.
  • Des solutions de prévention existent : protections auditives adaptées, suivi audiométrique régulier, aménagement acoustique du cabinet.

Le bruit au cabinet dentaire représente un risque professionnel avéré, mais encore trop largement ignoré. Exposés quotidiennement à des niveaux sonores atteignant ou dépassant 80 dB(A), les chirurgiens-dentistes et leurs assistants sont en première ligne face à des pathologies auditives potentiellement irréversibles. Deux URPS ont officiellement saisi le Conseil National Professionnel des Chirurgiens-Dentistes pour que la profession prenne enfin ce sujet à bras-le-corps.

Un environnement sonore chroniquement dangereux

Chaque matin, en enfilant leur blouse, les chirurgiens-dentistes s’exposent à un environnement sonore que la plupart ne mesurent pas, au sens propre comme au sens figuré. Turbines, contre-angles, détartreurs ultrasoniques, systèmes d’aspiration à haute vélocité : autant d’instruments indispensables à l’exercice quotidien et autant de sources de nuisances sonores répétées.

Des études convergentes, dont une thèse universitaire soutenue à l’Université de Lorraine, indiquent que la grande majorité des instruments utilisés en cabinet génèrent des niveaux sonores proches de 80 dB(A), avec des pics pouvant atteindre 90 à 107 dB pour les détartreurs ultrasoniques ou les turbines haute vitesse. À titre de comparaison, une tondeuse à gazon émet environ 85 dB. La différence, c’est que le praticien y est exposé pendant toute sa journée de travail, cinq jours par semaine, durant des décennies.

Selon plusieurs études scientifiques entre 7 et 21 % des personnes travaillant dans un cabinet dentaire rapportent des difficultés auditives susceptibles de générer des difficultés de communication, des phénomènes d’irritabilité et des difficultés de concentration.

Risque auditif au cabinet dentaire

80 dB(A) : un seuil réglementaire déjà atteint

Le chiffre est éloquent. Des mesures réalisées en 2023 font état d’une exposition moyenne de 80 dB(A) sur une journée de travail de 8 heures. Conformément aux valeurs fixées par le Code du travail, ce seuil impose déjà la mise à disposition de protections auditives, des actions d’information et de formation, ainsi qu’un suivi audiométrique préventif.

Or, dans les faits, ces risques sont connus mais les praticiens restent peu informés sur les moyens de prévention, collectifs et individuels, permettant de préserver leur acuité auditive. Le paradoxe est troublant : des professionnels de santé, formés à la prévention pour leurs patients, peuvent se retrouver démunis face à un risque qui les concerne directement.

À long terme, les conséquences sont sérieuses. L’exposition régulière à des bruits de forte intensité peut endommager les cellules ciliées de l’oreille interne, entraînant une perte auditive progressive (PAIR), des acouphènes, voire une hyperacousie, une sensibilité accrue aux sons normaux de l’environnement. Ces lésions sont, pour la plupart, irréversibles.

Un fait particulièrement préoccupant a été mis en lumière par plusieurs travaux de recherche : après 50 ans, un dentiste sur deux sans antécédent particulier présente une atteinte irréversible de l’audition. La longévité des carrières en dentisterie (les praticiens partent souvent à la retraite entre 65 et 75 ans) aggrave encore ce phénomène, l’audition se dégradant naturellement avec l’âge.

Les URPS Bretagne et Nouvelle-Aquitaine montent au créneau

Face à ce constat, les Unions Régionales des Professionnels de Santé (URPS) Chirurgiens-Dentistes Libéraux de Bretagne et de Nouvelle-Aquitaine ont décidé d’agir. Le 12 mars 2026, elles ont adressé une saisine formelle au Conseil National Professionnel des Chirurgiens-Dentistes (CNP-CD), lui demandant d’inscrire ce risque à l’agenda national.

Leur démarche s’inscrit notamment dans la réflexion autour du tableau n°42 des maladies professionnelles, qui recense les surdités professionnelles reconnues. Les deux URPS invitent le CNP-CD à analyser les données scientifiques disponibles, à objectiver les niveaux d’exposition spécifiques à la pratique dentaire, à formuler des recommandations nationales de prévention, et à engager un dialogue avec l’INRS, l’Assurance Maladie – Risques Professionnels et les ministères compétents.

Fatigue chronique, irritabilité, troubles de la concentration ou acouphènes précoces sont régulièrement rapportés dans la profession. Plusieurs organisations, dont l’Union Dentaire, alertent sur la progression des troubles auditifs chez les praticiens et appellent à une meilleure reconnaissance de ce risque professionnel ainsi qu’au développement d’actions de prévention adaptées.

Des actions de terrain déjà engagées

Les deux URPS ne se contentent pas de formuler des demandes nationales : elles mènent d’ores et déjà, dans leurs régions respectives, des actions concrètes de sensibilisation et de dépistage auditif, notamment en partenariat avec l’Association Nationale de l’Audition (ANA). Elles se déclarent prêtes à contribuer à tout groupe de travail national qui serait constitué à la suite de leur saisine.

Sur le plan pratique, plusieurs mesures de prévention sont à la portée de tous les cabinets :

  • Le port de protections auditives adaptées, tels que des bouchons ou filtres acoustiques spécialement conçus pour les professionnels de santé, permettant d’atténuer le bruit tout en conservant une bonne intelligibilité des conversations.
  • La maintenance régulière des équipements, un instrument mal entretenu étant souvent plus bruyant.
  • L’aménagement acoustique du cabinet avec des matériaux absorbants pour limiter la réverbération.
  • Des pauses régulières pour permettre à l’oreille interne de récupérer entre deux séquences sonores intenses.
  • Un suivi audiométrique annuel pour détecter au plus tôt toute dégradation de l’acuité auditive.

L’INRS propose d’ailleurs, en partenariat avec l’Assurance Maladie, un outil permettant aux cabinets dentaires de réaliser leur évaluation des risques et d’éditer un plan d’action, disponible directement sur le site de l’Institut.

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