Une étude pionnière menée en Suède vient de dévoiler des résultats exceptionnels concernant la durabilité des implants dentaires unitaires sur près de 40 ans. Suivant les tout premiers patients ayant reçu des implants Brånemark entre 1982 et 1985, cette recherche offre un éclairage unique sur le pronostic à très long terme de cette solution thérapeutique, particulièrement pour les patients jeunes victimes de traumatismes ou d’agénésies dentaires.
Une cohorte historique suivie pendant quatre décennies
C’est à la clinique Brånemark de Göteborg, en Suède, que l’aventure a commencé. Entre 1982 et 1985, 16 patients ont reçu les premiers implants unitaires Brånemark au monde. Près de 40 ans plus tard, les chercheurs ont réussi à retrouver et examiner 13 de ces patients, porteurs de 18 implants.
L’âge moyen des patients lors de la pose était de 23 ans, avec une fourchette allant de 14 à 34 ans. Les principales causes d’édentement étaient les traumatismes (54%) et les agénésies dentaires (46%). La grande majorité des implants (89%) avaient été placés au maxillaire, principalement pour remplacer des incisives maxillaires (72%).
Un taux de survie remarquable pour les implants
Les résultats sont éloquents : après 38 à 40 ans de fonction, le taux de survie cumulé des implants s’élève à 95,6%. Sur les 18 implants suivis, tous étaient encore en place et fonctionnels lors de l’examen de contrôle. Ces résultats sont d’autant plus remarquables que ces implants pionniers disposaient d’une surface usinée lisse, contrairement aux implants modernes qui bénéficient généralement d’une surface modérément rugueuse pour favoriser l’ostéointégration.
Stabilité osseuse et complications biologiques
L’étude révèle également une stabilité osseuse impressionnante sur le long terme. Le niveau osseux marginal moyen au moment de la mise en charge prothétique était de -1,7 mm, et il s’établissait à -0,8 mm lors du suivi à 38-40 ans. Plus surprenant encore, la plupart des implants ont montré un gain osseux au cours de la période de suivi.
Concernant les complications biologiques, la fréquence était relativement faible. Si la mucosite péri-implantaire était courante (67% des implants présentaient un saignement au sondage), aucun cas de péri-implantite n’a été observé. La profondeur moyenne de sondage autour des implants était de 3,8 mm, avec une fourchette allant de 0 à 7 mm.
Des couronnes moins durables que les implants
Si les implants eux-mêmes ont démontré une longévité remarquable, les couronnes implanto-portées ont nécessité des remplacements plus fréquents. Leur taux de survie cumulé après 38-40 ans n’était que de 60,9%. Aucune des couronnes originales en résine composite n’était encore en fonction lors du suivi.
Les principales raisons de remplacement des couronnes étaient d’ordre esthétique, ce qui s’explique en partie par le fait que les couronnes initiales étaient spécifiquement conçues pour évaluer différents designs de couronnes et de piliers. Les complications techniques étaient rares, avec seulement une couronne desserrée, une fracture mineure et un cas d’écaillage de la céramique.
Implications pour la pratique clinique
Cette étude, bien que limitée par le nombre restreint de participants, offre des perspectives encourageantes pour les patients jeunes nécessitant des implants unitaires. Elle suggère que les implants posés dans de bonnes conditions peuvent durer plusieurs décennies avec une stabilité osseuse remarquable.
Plusieurs facteurs peuvent avoir contribué à ces excellents résultats, notamment la technique chirurgicale en deux temps avec mise en charge différée (en moyenne 10 mois après la pose de l’implant) et l’absence de greffes osseuses. Ces temps de cicatrisation relativement longs, qui contrastent avec les protocoles accélérés actuels, ont peut-être favorisé une ostéointégration optimale.
Pour le Dr Sargon Barkarmo, l’un des auteurs de l’étude : « Ces résultats sont particulièrement pertinents pour les jeunes patients qui sont susceptibles de conserver leurs implants pendant de nombreuses années. Ils démontrent que, si les couronnes peuvent nécessiter un remplacement au fil du temps, l’implant lui-même offre un pronostic favorable à très long terme. »










