Une erreur médicale aux conséquences dramatiques vient d’être sanctionnée par la justice. Le tribunal judiciaire de Privas a condamné un stomatologue à verser plus de 92 000 € à un patient qui s’est vu extraire 18 dents sans son consentement, alors que l’intervention ne devait concerner que 7 dents.
Un acte médical qui tourne au cauchemar
Un patient d’une trentaine d’années vient d’obtenir gain de cause devant le tribunal judiciaire de Privas. L’homme s’était rendu en 2021 à la clinique du Vivarais d’Aubenas (Ardèche) pour une intervention qui devait se limiter à l’extraction de sept dents. À son réveil, le patient a découvert avec effroi que le stomatologue lui avait retiré… dix-huit dents au total.
Le tribunal a rendu sa décision le 27 février 2025, comme l’a rapporté le quotidien Le Dauphiné Libéré le 4 mars. La justice a accordé à la victime un dédommagement substantiel de 92 440 €, auquel s’ajoutent 3 000 € pour le préjudice moral.
« Une boucherie » selon l’avocat du patient
Me Wissam Bayeh, avocat du plaignant, n’a pas mâché ses mots pour décrire l’intervention subie par son client, désormais âgé de 37 ans : « L’acte opératoire a été fait comme un cochon ». Il a même qualifié l’intervention de « boucherie ». Selon lui, des tentatives de règlement amiable avaient été initiées avec le praticien, mais en vain.
« Quand je lui ai appris la nouvelle avec ce montant, mon client s’est mis à pleurer tout de suite, c’était un soulagement », a confié l’avocat au Dauphiné Libéré. Pourtant, Me Bayeh estime que la somme accordée « n’est même pas suffisante » au regard des préjudices subis.
Des conséquences dramatiques sur la vie du patient
Au-delà du préjudice esthétique évident, cette extraction massive a eu des répercussions catastrophiques sur la vie quotidienne et professionnelle du trentenaire. Presque édenté, il rencontre depuis d’importantes difficultés pour s’alimenter, entraînant des « problèmes gastriques » sérieux.
L’impact psychologique est également considérable. « À cause de tout ça, il a perdu son travail ! », déplore son avocat. Le patient, défiguré et handicapé dans sa vie sociale, vit un véritable cauchemar depuis cette opération ratée.
Un cas qui rappelle d’autres affaires similaires
Cette affaire n’est pas sans rappeler celle du tristement célèbre « dentiste de l’horreur » marseillais, Lionel Guedj, condamné à huit ans de prison ferme. Ce dernier avait systématisé les extractions abusives, notamment sur des patients jeunes et vulnérables.
L’une de ses victimes, Sarah, n’avait que 18 ans lorsqu’elle s’est retrouvée avec 24 dents extraites alors qu’elle consultait initialement pour de simples caries et un problème d’émail. « Lionel Guedj m’a conseillé d’enlever toutes mes dents. Il disait que j’allais avoir un beau sourire, que je n’aurai plus de soucis dentaires. Je lui ai fait confiance. J’ai réalisé trop tard qu’on n’enlève pas 24 dents à 18 ans », témoignait-elle.
Des pratiques motivées par l’appât du gain
Dans l’affaire Guedj, les investigations avaient révélé un système frauduleux motivé par l’appât du gain. Le dentiste facturait vingt-huit fois plus de couronnes que la moyenne de ses confrères, selon l’Assurance maladie. De mars 2008 à avril 2010, il avait posé 4 133 prothèses pour 927 patients, un rythme qui aurait nécessité de travailler 52 heures par jour dans des conditions normales.
En 2010, Lionel Guedj était devenu l’un des dentistes les plus riches de France, avec un chiffre d’affaires de 2,6 millions d’euros. Il s’était constitué un patrimoine immobilier de 9,5 millions d’euros, incluant des appartements de luxe, un chalet à Megève, un yacht et des voitures prestigieuses.
Dans le cas du patient ardéchois, si les motivations du praticien n’ont pas été détaillées dans le jugement, la décision du tribunal confirme la gravité de la faute médicale commise et le préjudice considérable subi par la victime.
Un signal fort pour la profession
Cette condamnation envoie un signal fort à l’ensemble de la profession dentaire. Elle rappelle l’importance fondamentale du consentement éclairé du patient avant toute intervention, particulièrement lorsqu’il s’agit d’actes irréversibles comme les extractions dentaires.
Elle souligne également la sévérité croissante des juridictions face aux erreurs médicales graves, particulièrement lorsqu’elles entraînent des conséquences durables sur la santé et la qualité de vie des patients.










