L’Union Française pour la Santé Bucco-Dentaire vient de publier une feuille de route appelant à intégrer pleinement la santé orale dans les politiques publiques du vieillissement. Un document qui arrive à point nommé, alors que la France compte de plus en plus de seniors en situation de fragilité et que le lien entre état bucco-dentaire et maintien de l’autonomie reste encore trop ignoré des stratégies nationales.
Un signal d’alarme tiré au bon niveau
C’est dans les locaux du ministère chargé de la Santé que l’UFSBD a tenu, en octobre 2025, son XXVe colloque national de santé publique. Le choix du lieu n’était pas anodin. L’association entendait interpeller directement les pouvoirs publics sur un angle mort des politiques du vieillissement : la santé bucco-dentaire.
La feuille de route publiée à l’issue de ce colloque porte un message clair. Pour le Dr Benoît Perrier, président de l’UFSBD : « Le maintien de l’autonomie est un enjeu majeur de société. La santé bucco-dentaire en est un levier encore trop peu mobilisé. Si nous voulons réellement prévenir la dépendance, nous devons intégrer la santé orale dans toutes les stratégies du Bien-Vieillir. »
Ce que le vieillissement fait à la bouche…et réciproquement
Le constat de départ est clinique. En vieillissant, les patients cumulent les facteurs de vulnérabilité bucco-dentaire : diminution de la dextérité manuelle, polymédications générant xérostomie et autres effets indésirables, isolement social compliquant l’accès aux soins, méconnaissance des interactions entre santé orale et santé générale.
Résultat : caries radiculaires, maladies parodontales, édentement et douleurs chroniques restent très fréquents chez les personnes âgées, qu’elles vivent à domicile ou en établissement médico-social.
Mais l’UFSBD insiste sur un point souvent sous-estimé : ces pathologies ne sont pas une fatalité liée à l’âge. Elles résultent, pour une large part, d’un manque de prévention structurée. La dégradation bucco-dentaire des seniors est évitable à condition de s’en préoccuper suffisamment tôt.
Mastication, nutrition, lien social : une chaîne de conséquences
Ce qui se passe dans la bouche ne reste pas dans la bouche. La feuille de route de l’UFSBD documente avec précision les répercussions en cascade d’une mauvaise santé orale chez le senior.
Sur le plan fonctionnel d’abord : toute altération de la mastication, de la déglutition ou de l’élocution peut précipiter la perte d’autonomie. Sur le plan nutritionnel ensuite : un patient qui ne peut plus mastiquer correctement restreint spontanément ses apports alimentaires, s’expose à la dénutrition et à la sarcopénie, deux facteurs majeurs de fragilisation.
Les interactions avec les maladies chroniques sont, elles aussi, bien documentées. Les infections buccales entretiennent un état inflammatoire systémique qui aggrave diabète, maladies cardiovasculaires, pathologies respiratoires et rénales. Selon une étude économique réalisée par le cabinet Asterès pour Comident et l’ADF en décembre 2023, l’absence de prévention et de soins parodontaux précoces génère entre 500 millions et plus d’un milliard d’euros de dépenses évitables chaque année pour l’Assurance Maladie.
Enfin, la dimension psychosociale ne doit pas être négligée. Édentement, douleurs et troubles esthétiques conduisent fréquemment au repli sur soi et à l’isolement, facteurs reconnus de perte d’autonomie à part entière.
Quatre axes, cinq objectifs : le programme de l’UFSBD
La feuille de route structure sa réponse autour de quatre priorités opérationnelles.
Prévenir plus tôt. L’UFSBD plaide pour l’intégration de bilans bucco-dentaires réguliers dans les parcours autonomie des seniors, sur le modèle du dispositif M’T dents pour les plus jeunes. Le bilan de prévention à 60-65 ans et le programme ICOPE sont identifiés comme des points d’entrée pertinents pour repérer les fragilités orales.
Organiser des parcours coordonnés. La coordination entre chirurgiens-dentistes, médecins généralistes, pharmaciens, infirmiers et acteurs du médico-social est présentée comme une condition non négociable. Le cloisonnement actuel entre ces professionnels est explicitement pointé comme un obstacle à la prise en charge des personnes dépendantes.
Former et outiller les acteurs. Les professionnels du médico-social comme les aidants familiaux restent peu formés aux enjeux de santé orale. L’UFSBD appelle à combler ce déficit par des outils pratiques et des référentiels partagés.
Inscrire la santé orale dans les politiques publiques. C’est sans doute l’ambition la plus structurante du document : faire reconnaître officiellement la santé bucco-dentaire comme déterminant du maintien de l’autonomie dans les stratégies nationales sur le vieillissement, et définir des indicateurs de suivi concrets.
Le chirurgien-dentiste, acteur central d’un enjeu collectif
Pour les praticiens, cette feuille de route confirme et élargit leur rôle. Elle les positionne non plus comme prestataires de soins curatifs isolés, mais comme acteurs d’un parcours de santé global en lien direct avec les équipes médicales et médico-sociales qui accompagnent les seniors.
La réussite de cette démarche suppose une mobilisation qui dépasse largement la seule profession dentaire : pouvoirs publics, Assurance Maladie, collectivités territoriales, associations de patients, monde de la recherche. L’UFSBD entend jouer un rôle de fédérateur entre ces différentes parties prenantes.
La feuille de route complète et les actes du colloque 2025 sont disponibles en téléchargement sur ufsbd.fr.
Sources : UFSBD, feuille de route « La santé bucco-dentaire, levier essentiel du maintien de l’autonomie », 2025 — Étude Asterès / Comident / ADF, « Coût médical des maladies parodontales : le fardeau des pathologies associées », décembre 2023 — Santé publique France, janvier 2025









