Antibiorésistance : la HAS resserre les règles de prescription pour les chirurgiens-dentistes

La Haute Autorité de santé a publié le 14 septembre 2026 une recommandation actualisée sur la prescription des antibiotiques en pratique bucco-dentaire. Elle remplace les repères de l’Afssaps datant de 2011 et vise un objectif précis : resserrer les indications d’antibiothérapie chez des praticiens qui comptent, depuis plusieurs années, parmi les principaux prescripteurs en ville.
Pourquoi les chirurgiens-dentistes sont particulièrement visés
Le contexte chiffré explique le choix de cibler la profession. Selon les données de l’Assurance Maladie portant sur 2022, les chirurgiens-dentistes se classaient au deuxième rang des prescripteurs d’antibiotiques en ville, juste derrière les médecins généralistes. Cette recommandation a d’ailleurs été demandée par le Conseil national professionnel des chirurgiens-dentistes lui-même, dans le cadre de la stratégie nationale 2022-2025 de prévention des infections et de l’antibiorésistance. Elle s’inscrit donc dans une démarche portée par la profession, pas dans un cadre imposé de l’extérieur.
Le principe central : traiter la cause avant de prescrire
Le message le plus structurant de cette recommandation tient en une phrase : la majorité des douleurs dentaires sont d’origine inflammatoire, et se traitent par un geste étiologique (drainage, débridement, détartrage-surfaçage, pulpectomie ou avulsion selon les cas) associé si besoin à des antalgiques. L’antibiotique n’a donc plus vocation à être un réflexe de première intention face à la douleur, mais un complément au geste local lorsque celui-ci est insuffisant.
Une antibioprophylaxie recentrée sur les situations à risque réel
La HAS distingue désormais trois catégories de patients pour définir les indications d’antibioprophylaxie : la population générale, les patients à risque infectieux augmenté et les patients à haut risque d’ostéonécrose des mâchoires. Un point important : les recommandations spécifiques aux patients à risque d’endocardite infectieuse, publiées séparément par la HAS en 2024, restent en vigueur et ne sont pas modifiées par ce nouveau texte.
Lorsqu’une antibioprophylaxie est indiquée, la posologie proposée chez l’adulte est de 2 g d’amoxicilline en prise unique, une heure avant le geste, avec une marge possible jusqu’à deux heures après en cas d’urgence ou d’oubli.
Des traitements plus courts et une réévaluation systématique
Pour l’antibiothérapie curative, la HAS retient une posologie de 1 g d’amoxicilline, trois fois par jour, pendant trois jours chez l’adulte, une durée resserrée par rapport aux pratiques antérieures, justifiée par des études montrant des résultats cliniques comparables entre traitements courts et traitements plus longs pour de nombreuses infections. Autre nouveauté : toute antibiothérapie doit désormais faire l’objet d’une réévaluation du patient à 48 ou 72 heures, en consultation, téléconsultation ou à défaut par téléphone.
La recommandation écarte également deux pratiques : l’association systématique d’un antibiotique à la prescription d’un anti-inflammatoire, faute de bénéfice démontré et le recours à l’antibiothérapie locale en pratique bucco-dentaire, quelle que soit la pathologie. La bithérapie antibiotique, elle, reste réservée à des situations précises et peu fréquentes : ostéites, ostéomyélites, sinusites maxillaires aiguës d’origine dentaire,ou certaines parodontites sévères en fin de traitement.
Ce que cela change concrètement au cabinet
Au-delà des chiffres, cette recommandation invite à un changement de réflexe clinique : documenter la cause de la douleur avant de prescrire, informer systématiquement le patient des risques de l’automédication antibiotique et intégrer la réévaluation à 48-72 heures comme une étape normale du suivi, et non comme une option. Nous avions déjà évoqué les enjeux de la surprescription en soins dentaires dans nos colonnes, un sujet qui rejoint directement cette actualisation.
Cette recommandation ne remet pas en cause le rôle de l’antibiothérapie quand elle est justifiée, mais elle referme la porte à la prescription par précaution. Pour les praticiens, l’enjeu est désormais d’intégrer ces nouveaux repères 5posologies, durées, critères de réévaluation° dans leurs habitudes de prescription, en s’appuyant sur les fiches outils publiées par la HAS à cet effet.
Source : Haute Autorité de Santé — Prescription des antibiotiques en pratique bucco-dentaire


