Bilan parodontal à 20 et 30 ans : NèreS met la prévention bucco-dentaire dans le débat présidentiel

vendredi 25 septembre 2026 S'équiper

Dans sa plateforme pour la présidentielle, NèreS, l’association des laboratoires de produits de santé sans ordonnance, propose un bilan parodontal systématique à 20 et 30 ans. Une partie de ce dépistage existe déjà dans la convention dentaire. La mesure interroge surtout sur les adultes jeunes, qui échappent aujourd’hui à tout suivi parodontal organisé.

Une proposition portée par l’industrie de la santé grand public

NèreS a dévoilé le 18 septembre ses propositions pour l’élection présidentielle. L’association rassemble les industriels de l’automédication, des dispositifs médicaux de premier recours et des compléments alimentaires, et « Ne plus négliger la santé bucco-dentaire » figure parmi ses 16 propositions. Selon elle, l’ensemble de ces mesures pourrait faire économiser près de 2,5 milliards d’euros par an à la Sécurité sociale, entre dépenses évitées et recettes nouvelles.

NèreS, le lobby des produits de santé sans ordonnance

NèreS, pour « Nouvelle ère de Santé », est l’association professionnelle des laboratoires qui fabriquent et vendent des produits de santé sans ordonnance. Il s’agit de l’ancienne AFIPA (Association française de l’industrie pharmaceutique pour une automédication responsable), qui a changé de nom en juin 2021. Elle comptait alors 29 laboratoires adhérents, qui représentaient environ 80 % de ce marché.

Son champ couvre trois familles de produits vendus en pharmacie : les médicaments sans ordonnance, les dispositifs médicaux grand public et les compléments alimentaires. Sa ligne est connue : elle veut que le pharmacien d’officine devienne une porte d’entrée dans le parcours de soins.

Un bilan parodontal parmi 16 propositions

La plateforme 2027 de NèreS s’organise autour de trois axes : l’accès aux soins, la prévention et la souveraineté sanitaire. Au total, l’association chiffre ses 16 mesures à près de 2,5 milliards d’euros d’économies annuelles pour la Sécurité sociale, entre dépenses évitées et recettes nouvelles.

La santé bucco-dentaire y figure avec la création d’un bilan parodontal à 20 et 30 ans. NèreS y ajoute un volet de lutte contre les inégalités : renforcement des initiatives locales et équipes mobiles de prévention, en zone rurale et auprès des publics précaires.

Des maladies fréquentes, souvent repérées tard

Le constat épidémiologique fait consensus. L’OMS estime que les parodontopathies graves, première cause de perte totale des dents, touchent environ un milliard de personnes dans le monde. En France, l’ARS Île-de-France rappelle que la moitié des plus de 35 ans présente une atteinte parodontale, sévère dans 10 % des cas. Le ministère de la Santé souligne que la fréquence et la gravité de ces atteintes restent mal connues, faute d’enquêtes régulières.

Le lien avec les maladies générales a été formalisé en 2023. La Fédération européenne de parodontologie (EFP) et la branche européenne de l’Organisation mondiale des médecins de famille (WONCA Europe) ont publié un rapport de consensus sur l’association entre maladies parodontales, maladies cardiovasculaires, diabète et maladies respiratoires.

L’orientation vers le dentiste reste pourtant irrégulière. Dans une enquête flash menée par des chirurgiens-dentistes niçois, seuls 5 % des généralistes et endocrinologues interrogés adressaient systématiquement leurs patients diabétiques de type 2 à un chirurgien-dentiste.

Ce qui existe déjà dans la convention dentaire

Le bilan parodontal figure déjà dans la nomenclature. Depuis 2019, le bilan et le traitement parodontal sont pris en charge à 100 % pour les patients diabétiques. Depuis le 25 février 2024, le dispositif couvre cinq autres ALD : insuffisance cardiaque et cardiopathies graves, maladie coronaire, déficit immunitaire primitif et VIH, polyarthrite rhumatoïde, spondylarthrite grave. Selon l’UFSBD, ces six ALD concernent près de 6 millions de Français.

Chez les jeunes, le dispositif s’est étoffé. Depuis le 1er avril 2025, les 3-24 ans ont droit à un examen de prévention gratuit chaque année, et non plus tous les trois ans. Cet examen comprend obligatoirement un examen des dents et du parodonte. Un bilan à 20 ans recouperait donc en partie M’T dents. Le vrai changement concernerait le bilan à 30 ans, à un âge où plus aucun rendez-vous de prévention n’est prévu hors ALD. L’avenant 1 à la convention prévoit toutefois d’étendre le dispositif « Génération sans carie » jusqu’à 28 ans en 2028. Une synthèse des Chirurgiens-Dentistes de France (CDF) évoque aussi un élargissement progressif du bilan parodontal et du détartrage-surfaçage à cette cohorte.

Un contexte budgétaire tendu

La proposition arrive au moment où l’État réduit sa part sur les soins dentaires. Le décret n° 2026-809 du 21 août 2026 prévoit qu’à partir du 1er janvier 2027, le ticket modérateur sera compris entre 50 % et 60 % de la base de remboursement, contre 40 % aujourd’hui. Il y a trois ans, l’Assurance maladie obligatoire prenait encore en charge 70 % de la dépense. La Mutualité française chiffre à environ 510 millions d’euros le transfert de charges vers les complémentaires pour le seul poste dentaire.

Pour la profession, prévention et financement sont liés. Pierre-Olivier Donnat, président des CDF, a dénoncé sur RTL non pas une économie, mais un transfert de charge vers les complémentaires ou vers les familles. Tout nouveau bilan de dépistage posera la même question : qui paie, et avec quelle garantie que les soins qui en découlent seront eux aussi accessibles ?

La proposition de NèreS reprend une idée que la profession défend depuis longtemps : repérer la parodontite avant les pertes d’attache irréversibles. Elle recoupe en partie des dispositifs existants et laisse ouverte la question du financement, au moment où le dentaire est moins bien remboursé.

Source : OMS – Santé bucco-dentaire, questions-réponses

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