Les microbiologistes de Northwestern, dirigés par la professeure Erica Hartmann, ont mené une analyse poussée sur 34 brosses à dents et 96 pommeaux de douche, révélant la présence d’au moins 614 virus uniques, souvent spécifiques à chaque objet. Ces virus, des phages, n’ont d’intérêt que pour les bactéries et se révèlent inoffensifs pour les cellules humaines. Hartmann explique : « Les microbes sont partout, et la grande majorité d’entre eux ne nous rendront pas malades » (Frontiers in Microbiomes).
Les phages découverts sur les brosses à dents sont en grande partie nouveaux pour la science. Leur découverte ne résulte pas seulement d’une curiosité scientifique : ils offrent des perspectives dans la lutte contre les maladies bactériennes. Certaines de ces mycobactériophages infectent des bactéries à l’origine de maladies graves comme la tuberculose, la lèpre ou les infections pulmonaires chroniques. Ils fonctionnent en prenant le contrôle de la machinerie bactérienne pour se répliquer, détruisant ainsi leurs hôtes ou influençant le comportement des bactéries.
Une ressource pour lutter contre les infections résistantes
L’intérêt médical pour ces virus bactériophages grandit alors que les scientifiques cherchent de nouvelles façons de contrer la résistance aux antibiotiques. Avec l’augmentation des infections résistantes aux traitements traditionnels, l’utilisation de phages pourrait constituer une alternative. Les phagothérapies, consistant à utiliser des virus pour cibler des bactéries pathogènes spécifiques, sont en cours d’étude pour traiter des infections que les antibiotiques classiques ne parviennent plus à éradiquer. Le potentiel des phages comme outil de nettoyage de systèmes infectés – des conduites d’eau aux systèmes biologiques – est également à l’étude.
Hartmann rappelle que les surfaces constamment désinfectées favorisent l’apparition de résistances microbiennes. « Plus vous les attaquez avec des désinfectants, plus ils risquent de développer une résistance ou de devenir plus difficiles à traiter », explique-t-elle. Elle encourage ainsi des pratiques de nettoyage modérées et souligne la nécessité d’accepter cette biodiversité invisible dans notre quotidien.
Recommandations pratiques pour l’entretien des brosses à dents
Les chercheurs conseillent quelques mesures simples pour maintenir une bonne hygiène sans recourir aux produits antimicrobiens. Ils suggèrent de changer de brosse à dents tous les trois mois et de privilégier un nettoyage périodique des supports comme les pommeaux de douche, soit avec du savon et de l’eau, soit en les trempant dans du vinaigre pour éliminer les dépôts de calcaire. Les brosses à dents antimicrobiennes, bien que séduisantes, pourraient contribuer à la sélection de bactéries plus résistantes, contre-indiquant leur usage prolongé.
Ces recherches, si elles déconstruisent l’idée de salles de bains « stériles », mettent en avant une biodiversité dont la richesse insoupçonnée pourrait transformer notre approche des soins. Le constat est clair : plutôt que de s’efforcer de supprimer cette vie microscopique, il est possible de l’intégrer et de l’utiliser pour répondre aux défis médicaux actuels.









