L’URPS Chirurgiens-Dentistes Auvergne-Rhône-Alpes dévoile les conclusions de sa grande enquête et interpelle les pouvoirs publics.
Une vaste enquête menée par l’URPS Chirurgiens-Dentistes Auvergne-Rhône-Alpes (CD ARA) auprès de la profession a recueilli un taux de participation supérieur aux attentes, témoignant de l’intérêt des praticiens pour la question de leur bien-être au travail. Les résultats de ce sondage, diffusé auprès de 2 886 chirurgiens-dentistes libéraux de la région, dressent un portrait contrasté de la profession en 2025.
Un exercice valorisant mais éprouvant
Des sentiments ambivalents envers la profession
Le baromètre de la profession en Auvergne-Rhône-Alpes révèle une perception ambivalente de l’exercice libéral. Comme le souligne Fabrice Joly, secrétaire général de l’URPS CD ARA, « cet exercice est qualifié pour une large majorité de satisfaisant et épanouissant, utile et valorisant, il est également qualifié d’anxiogène et préoccupant, chronophage et envahissant, épuisant et énergivore ».
Dans le détail, les chirurgiens-dentistes qualifient leur exercice de :
- Utile et valorisant pour 84%
- Épuisant et énergivore pour 76%
- Dynamique et vivant pour 72%
- Anxiogène et préoccupant pour 70%
- Satisfaisant et épanouissant pour 65%
- Chronophage et envahissant pour 63%
Des difficultés professionnelles croissantes
Le sondage fait apparaître plusieurs problématiques majeures :
- Difficulté de recrutement du personnel (65,4% des répondants)
- Difficulté à trouver un remplaçant ou un collaborateur (78,35%)
- Attractivité économique peu incitative à l’installation en libéral (47,37%)
- Manque d’information sur les conditions de départ à la retraite (67,47%)
- Méconnaissance des dispositions de transmission d’un cabinet (83,41%)
Bien-être psychologique en danger
Sur la question du bien-être, 61% des participants jugent leur baromètre psycho-professionnel acceptable voire très bon. À l’inverse, 39% d’entre eux l’estiment mauvais à très mauvais, un chiffre préoccupant.
Plus de la moitié des praticiens (54,3%) considèrent travailler trop « au détriment de la famille, du repos, des loisirs et du sport ». Plus alarmant encore, plus de deux chirurgiens-dentistes sur trois (69,6%) avouent s’être déjà sentis victimes d’épuisement professionnel.
Insécurité et incivilités en progression
L’enquête révèle également une montée des incivilités et violences dans les cabinets dentaires. Si ces faits demeurent « rares » pour 58,8% des sondés, ils surviennent « parfois » pour 34,3% et « régulièrement » pour 6,9% d’entre eux.
43% des praticiens estiment que la situation relative à la sécurité de leur cabinet s’est dégradée depuis cinq ans. Par ailleurs, les cyberattaques constituent un phénomène en forte croissance dans les cabinets.
L’URPS passe à l’action
Une lettre ouverte au ministre de la Santé
Suite à ces résultats préoccupants, l’URPS CD ARA a décidé d’interpeller les pouvoirs publics. Le 15 avril 2025, l’Union a organisé une conférence de presse et adressé une lettre ouverte à Yannick Neuder, ministre de la Santé et de l’Accès aux Soins.
Cette démarche vise à sensibiliser les autorités aux difficultés rencontrées par la profession : surcharge administrative, insécurité dans les cabinets, épuisement professionnel, difficultés de recrutement et de remplacement, judiciarisation du métier, charges et normes galopantes, financiarisation…
Lors de cette conférence de presse, le Dr Éric Lenfant, président de l’URPS, a souligné : « Les chirurgiens-dentistes libéraux d’Auvergne-Rhône-Alpes ont les mêmes préoccupations que la plupart des autres professionnels de santé de ce pays, à la différence qu’ils doivent investir plusieurs centaines de milliers d’euros pour créer un cabinet aux normes chirurgicales. »
Des propositions concrètes
L’URPS ne se contente pas de dresser un constat, mais formule également des propositions concrètes pour améliorer la situation :
- Améliorer la reconnaissance de la profession auprès des autorités
- Concentrer les efforts sur l’omnipratique et sa viabilité économique, notamment dans les zones sous-dotées
- Faire face à la concurrence déloyale de certains centres de santé déviants
- Alléger les contraintes administratives et faciliter la gestion du personnel
- Accompagner les praticiens sur le plan psychologique et moral
- Proposer des formations adaptées à la gestion et aux questions juridiques
- Faire évoluer la reconnaissance du diplôme d’assistant(e) dentaire qualifié(e) de niveau 2
Des initiatives régionales valorisées
Lors de la conférence de presse, l’URPS a également mis en avant les initiatives portées par les chirurgiens-dentistes libéraux d’Auvergne-Rhône-Alpes pour améliorer l’accès aux soins bucco-dentaires, notamment :
- Le GreenCab, premier cabinet dentaire semi-mobile
- Le véhicule SBDM-EHPAD destiné aux personnes âgées
- Le dispositif Kidouli pour les plus jeunes
- La régulation mise en place dans certains départements
Méthodologie de l’enquête :
L’étude « Chirurgiens-Dentistes libéraux, êtes-vous heureux ? » a été réalisée entre le 15 juillet et le 13 novembre 2024 auprès de 2 886 praticiens de la région Auvergne-Rhône-Alpes, avec un taux de participation de 23%.
Plus de la moitié des répondants (55,77%) a plus de 50 ans. La parité homme/femme a été parfaitement respectée, et les réponses sont venues de chaque département, confirmant que les problématiques liées à l’exercice libéral concernent tous les territoires.









