Neuf ans après la liquidation de Dentexia, l’instruction judiciaire franchit une étape décisive. Sur 1 600 plaintes déposées, seuls 45 dossiers seraient retenus au titre des atteintes corporelles, suscitant une profonde inquiétude parmi les victimes, qui craignent que le volet sanitaire soit relégué au second plan.
Un tournant dans une instruction tentaculaire
Selon le parquet de Paris, le dossier Dentexia (180 tomes) a été transmis au règlement le 29 août 2025, marquant la clôture de l’information judiciaire. Les parties peuvent désormais demander des investigations complémentaires ou déposer leurs observations.
Mais cette étape, loin d’apaiser les victimes, a fait naître de nouvelles interrogations : 45 dossiers seulement auraient été retenus, alors que 1 600 plaintes avec constitution de partie civile avaient été déposées.
Pour Christine Teilhol, présidente de l’association La dent bleue, cette décision constitue « une onde de choc » au sein du collectif. Elle déplore une absence totale d’explications :
« Pourquoi 45 dossiers ? Ce choix, ni expliqué, ni justifié, provoque une profonde inquiétude. »
L’association appelle les juges d’instruction à reconsidérer leurs critères ou, à défaut, à les rendre publics.
La crainte d’un dossier réduit à ses aspects financiers
Au cœur des inquiétudes, un risque majeur : que l’affaire Dentexia soit réduite à un dossier strictement financier, laissant de côté les mutilations, douleurs chroniques et séquelles psychologiques subies par des centaines de patients.
Selon La dent bleue, les principaux dirigeants, Pascal Steichen et Nicolas Aimar, pourraient être poursuivis uniquement pour malversations financières, au détriment du volet corporel.
Christine Teilhol résume le désarroi des victimes :
« Certaines attendent un procès pour pouvoir enfin se soigner. Cela fait neuf ans qu’elles n’ont pas pu reprendre leurs travaux dentaires, faute de moyens. »
Elle rappelle également l’une des caractéristiques les plus décriées du modèle Dentexia :
- paiement obligatoire avant toute prise en charge,
- extractions et pose d’implants réalisées rapidement,
- travaux prothétiques souvent jamais finalisés.
Pour ces patientes et patients, les séquelles restent visibles, tandis que la perspective d’un non-lieu apparaît désormais comme une menace tangible.
Des dentistes entendus, mais seulement comme témoins assistés
En 2023, 32 chirurgiens-dentistes ont été auditionnés pour des faits potentiellement qualifiés de blessures involontaires ou de violences ayant entraîné une mutilation ou une infirmité permanente.
À l’issue des interrogatoires, tous ont été placés sous le statut de témoin assisté, un cadre juridique moins contraignant qu’une mise en examen.
Christine Teilhol insiste sur la difficulté d’identifier les responsabilités individuelles :
« Les patients voyaient rarement le même praticien. L’organisation interne était très opaque. »
Cette opacité complique encore aujourd’hui l’attribution précise des actes conduisant aux dommages corporels.
Rappel du scandale Dentexia
Dentexia, liquidée en 2016 après seulement quatre années d’activité, regroupait plusieurs centres dentaires à Paris, Lyon, Vaulx-en-Velin et Chalon-sur-Saône.
Les dirigeants Steichen et Aimar ont été mis en examen pour une série de délits présumés commis entre 2011 et 2018 :
- tromperie aggravée,
- banqueroute,
- fraude fiscale en bande organisée,
- abus de confiance,
- abus de biens sociaux,
- escroquerie en bande organisée,
- et complicité de violences volontaires ayant entraîné une mutilation ou une infirmité permanente.
Au total, les magistrats ont identifié plus de 1 600 victimes. Plus de 600 expertises ont été ordonnées pour évaluer les dommages corporels.
Pour mémoire, le ministère de la Santé avait débloqué dès 2017 une aide à la reprise des soins pour environ 500 ex-patients.
Alors que les victimes réclament justice depuis près d’une décennie, l’idée que seules 45 d’entre elles pourraient être reconnues au titre des atteintes corporelles suscite un profond sentiment d’abandon.
L’association La dent bleue demande désormais une clarification urgente, faute de quoi la confiance dans l’instruction pourrait s’effondrer.
Source : France 3









