La Haute Autorité de santé (HAS) a publié, le 18 juin 2026, un guide et une foire aux questions destinés aux usagers sur l’intelligence artificielle générative en santé. Réalisés avec France Assos Santé et la CNIL, ces documents rappellent un principe simple : l’IA ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. Pour les chirurgiens-dentistes, confrontés à des patients de plus en plus nombreux à consulter ChatGPT avant leur rendez-vous, ce cadrage offre des arguments concrets à mobiliser en consultation.
Un cadrage pensé pour le grand public, pas pour les soignants
Jusqu’ici, la HAS s’adressait avant tout aux professionnels et aux établissements sur les enjeux de l’IA en santé, elle a notamment publié en février 2026 un guide intitulé « Accompagner le bon usage des systèmes d’intelligence artificielle en contexte de soins ». Avec cette nouvelle publication, l’institution élargit son action au grand public. L’objectif affiché est triple : aider les usagers à comprendre le fonctionnement de l’IA générative, identifier ses limites et adopter de bons réflexes dans leurs usages quotidiens.
Le contexte qui motive cette démarche est connu de tous les praticiens : les outils d’IA générative grand public s’intègrent désormais aux parcours d’information des patients, qui s’en servent pour obtenir des explications rapides, reformuler des symptômes ou préparer une consultation.
Des réponses plausibles, pas nécessairement vraies
Le point central du dispositif, détaillé dans la FAQ, tient en une phrase : un outil d’IA générative repose sur un modèle probabiliste qui produit le contenu jugé le plus plausible, pas le plus exact. À la question « les réponses sont-elles fiables ? », la réponse de la HAS est sans détour : seul un professionnel médical peut établir un diagnostic et prescrire un traitement.
L’institution rappelle que ces outils ne sont pas conçus pour analyser une situation médicale individuelle, peuvent produire des contenus erronés et vont parfois jusqu’à inventer des sources scientifiques inexistantes. Autrement dit, une réponse générée doit être traitée comme une simple hypothèse de travail, utile pour amorcer une réflexion, mais impropre à fonder une décision thérapeutique.
L’effet de « crédibilité artificielle »
La HAS introduit une notion utile à connaître pour en parler avec les patients : la « crédibilité artificielle ». Elle décrit l’écart entre le ton fluide et assuré d’une réponse générée et sa fiabilité réelle, qui n’a souvent aucun lien avec sa pertinence clinique.
L’Autorité souligne également l’instabilité des réponses : reformuler une même question peut suffire à obtenir des résultats divergents. Une variabilité qui, combinée à l’aisance conversationnelle de ces outils, peut donner au patient un sentiment de confiance disproportionné par rapport à la qualité réelle de l’information reçue.
Données personnelles : une vigilance à rappeler aux patients
Le volet protection des données, travaillé avec la CNIL, mérite d’être relayé en cabinet. La HAS rappelle que les éditeurs d’IA générative grand public, majoritairement américains, ne sont pas tous soumis au droit européen et que le RGPD ne couvre pas nécessairement l’ensemble de leurs usages. Ces outils sont susceptibles de conserver et réutiliser les informations saisies par les utilisateurs pour entraîner leurs modèles.
La recommandation est claire : ne jamais transmettre de données identifiantes dans ces outils (nom, numéro de sécurité sociale ou informations concernant des proches ou des professionnels de santé).
Ce que cela change pour la pratique au fauteuil
Le guide HAS formule des « bons réflexes » que les patients sont invités à suivre : demander systématiquement les sources des informations obtenues et les vérifier, poser des questions précises et surtout confronter toute réponse à un professionnel de santé. La HAS va jusqu’à inciter explicitement les patients à évoquer leurs recherches avec leur médecin ou leur dentiste.
Pour le chirurgien-dentiste, ce cadrage institutionnel offre un point d’appui légitime quand un patient arrive en consultation avec une idée préconçue glanée en ligne, sur l’origine d’une douleur, l’urgence d’un traitement ou une alternative thérapeutique. Plutôt que de devoir justifier seul pourquoi une réponse d’IA générative ne suffit pas, le praticien peut désormais s’appuyer sur une position claire et sourcée de la HAS : l’expertise clinique repose sur l’examen, l’interrogatoire et l’analyse contextualisée d’une situation, des éléments qu’aucun outil conversationnel ne peut reproduire.
La HAS, avec la CNIL et France Assos Santé, propose pour la première fois des repères grand public sur l’usage de l’IA générative en santé. Le message de fond rejoint celui que les chirurgiens-dentistes répètent déjà en consultation : une réponse plausible n’est pas une réponse fiable et aucun outil ne remplace l’examen clinique.
Source : Haute Autorité de Santé, « Intelligence artificielle en santé : la HAS publie des repères pour les usagers », 18 juin 2026.










