« Un imprévu vous oblige à annuler un rendez-vous médical, revendez-le! » Voilà ce que propose le nouveau site Internet Yamaplace.fr en permettant aux particuliers de vendre leurs rendez-vous chez le médecin ou chez un spécialiste.
Yamaplace.fr se présente comme un site de petites annonces qui propose à ses utilisateurs de passer gratuitement des annonces d’offres et de demandes de rendez-vous médicaux (dentistes, infirmiers, psychologues, vétérinaires…etc.)
Yamaplace.fr ou la prétention de devenir « le bon coin » des rendez-vous médicaux
Concrètement, un patient a prévu un rendez-vous chez le médecin mais ne peut pas l’honorer. Au lieu de décrocher son téléphone et de l’annuler poliment, Yamaplace incite cette personne à le proposer à des personnes cherchant à consulter en urgence. Pour cela, il lui suffit de poster une annonce sur le site, de rencontrer la personne intéressée et de conclure à l’échange, à condition d’avoir obtenu l’accord préalable du professionnel de santé.
La page d’accueil du site n’est pas sans rappeler le célèbre site de petites annonces « Le Bon Coin ».

Une carte de France s’affiche permettant d’accéder aux offres ou aux demandes de rendez-vous médicaux en quelques clics.
Mais d’où vient cette idée saugrenue?
Wahib Sali, doctorant en biochimie moléculaire et cellulaire de 32 ans et co-fondateur de la plateforme, a cherché à obtenir un rendez-vous en urgence en 2009 chez l’ophtalmo, en vain. Un ami lui a proposé de lui céder le sien et l’idée a germé.
Wahib Sali s’enorgueillit de redonner le pouvoir à la population : «Face aux déserts médicaux, c’est le peuple qui reprend la main».
Yamaplace.fr se revendique en effet, comme une solution permettant de répondre à la problématique des déserts médicaux.
En France, les délais d’attente des RDV médicaux peuvent être très longs : 77 jours en moyenne pour obtenir un rendez-vous chez l’ophtalmologue (1) et des praticiens ne peuvent plus faire face à la demande de soins dans certaines régions. A contrario, c’est plus de 28 millions de rendez-vous qui ne sont pas honorés par les patients chaque année en France (2).
Des rendez-vous chez le dentiste vendus à 10 euros
L’idée de Yamaplace pourrait paraître intéressante au grand public en première intention. Mais que penser de la possibilité qui est également offerte aux patients, à savoir celle de vendre son rendez-vous médical, de « marchandiser la santé ».
Par ailleurs, cherche-t-on à faire croire que le rendez-vous prévu pour la prise d’empreinte de Madame Dupont peut être remplacé par le détartrage de Madame Michel!

Sur cette annonce, la patiente nommé « Darmond » propose son prochain rendez-vous prévu chez le dentiste, à Béthunes le 5 avril prochain, contre la somme de 10€. Et comme elle déménage, elle revend également son rendez-vous chez le gynécologue!
Pourquoi faire payer l’accès à l’information?
«C’est pour inciter ceux qui seraient un peu réticents» à partager leur rendez-vous annulé, justifie Wahib Sali.
Et si le prix est fixé par le vendeur, tous les rendez-vous ne sont pas monnayés pour autant ; certains sont proposés gratuitement ; d’autres sont échangés contre services.
Les professionnels de santé inquiets par les dérives de la société
Pour le moment, très peu de rendez-vous sont proposé sur le site (une dizaine seulement). Pour autant, les réactions des professionnels de santé ne se sont pas faites attendre.
Dans une interview donnée à Libération, Catherine Mojaïsky, présidente de la Confédération nationale des syndicats dentaires, s’est dite choquée par l’aspect mercantile du concept : «Je découvre ce site avec surprise et consternation. Heureusement que je suis assise. Lorsque nous fixons des rendez-vous dans nos cabinets, nous avons la liberté de choisir nos patients – et donc de ne pas accepter quelqu’un – et nous calibrons les rendez-vous en fonction du travail à réaliser. Dans les cabinets surchargés, nous avons des listes de patients à appeler en cas de désistement», explique-t-elle. «Monnayer son rendez-vous est quelque chose qui me choque énormément. Il y a une dérive de la société par rapport à la santé, on voit le commerce arriver dans notre secteur et c’est très inquiétant. »
Catherine Mojaïsky, reconnaît cependant que certaines régions rencontrent des difficultés à éviter aux patients des délais trop longs. «On a suffisamment de professionnels de santé, mais il faudrait travailler à les répartir de façon plus harmonieuse. C’est par exemple très compliqué de faire venir des jeunes en Seine-et-Marne, ils veulent tous aller à Paris.»
Le vice-président du conseil national de l’Ordre des médecins s’apprêterait, quant à lui, à adresser un courrier pour alerter la Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes.
Dans un contexte de vives inquiétudes des praticiens, cette nouvelle « initiative » démontre encore une fois de la méconnaissance du grand public de ce qu’est la réalité pratique et économique d’un cabinet dentaire. Toutes les dérives liées à ce système sont envisageables et doivent alarmer les autorités compétentes : patients qui s’amusent à prendre multitude de rendez-vous auprès de spécialistes pour les revendre ensuite et arrondir leur fin de mois, reprise du concept par des sociétés privées qui monétiseraient la prise de rendez-vous médicaux…etc
Nous nous demandons toutefois si le site Yamaplace n’a pas cherché à tirer profit de l’actualité autour du projet de Loi de Santé en créant un buzz autour de la revente des rendez-vous médicaux pour promouvoir une plate-forme qui aurait finalement pour vocation, d’échanger ou de vendre des places pour n’importe quel évènement, comme des concerts, des séances de cinéma…etc
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