Harcèlement au travail : la santé, secteur le plus exposé aux yeux des salariés

Selon une enquête nationale du cabinet Reversens publiée le 29 septembre 2026, la santé est le secteur que les salariés jugent le plus exposé au harcèlement et aux comportements hostiles. Deux tiers des salariés du secteur disent avoir subi ou observé au moins un comportement hostile au cours de l’année écoulée. Beaucoup de ces situations ne sont jamais signalées.
Un secteur en tête du classement
Interrogés sur les univers professionnels où les salariés sont aujourd’hui les plus exposés, les répondants citent d’abord la santé et les hôpitaux (39 %), devant l’hôtellerie-restauration (38 %) et le médico-social (34 %). Ces trois secteurs ont en commun le contact permanent avec le public, l’urgence et des contraintes de rythme fortes.
Les soignants partagent ce constat. 59 % des salariés de la santé estiment leur propre secteur plus exposé que les autres.
Le vécu le confirme. Sur les douze derniers mois, dans leur emploi actuel, 67 % des salariés de la santé disent avoir subi ou observé au moins un comportement hostile. Seuls l’hôtellerie-restauration et le médico-social font plus (69 % chacun).
Pression, incivilités, agressions : ce que vivent les soignants
Les salariés de la santé citent en premier la pression et la surcharge de travail (43 %), puis les incivilités (38 %) et le dénigrement ou les humiliations (28 %). Suivent les discriminations et la mise à l’écart (18 % chacune), puis les intimidations et menaces (15 %).
Les agressions physiques restent minoritaires, mais elles concernent 8 % des salariés du secteur, soit deux fois plus que la moyenne (4 %). Les comportements sexistes ou sexuels touchent 9 % des répondants, et les agressions sexuelles 3 %.
Ce qui remonte aux cellules de signalement
Vue par les professionnels qui reçoivent les alertes (DRH, juristes, référents harcèlement, médecins du travail, élus CSE), la hiérarchie change. Dans la santé, le dénigrement et les humiliations sont cités par 52 % d’entre eux, à égalité avec la pression et la surcharge. Ces deux niveaux dépassent ceux de l’ensemble des secteurs (47 % et 43 %). Viennent ensuite les incivilités (42 %), la mise à l’écart (30 %) et les intimidations (29 %).
Sur ce dernier point, la fondatrice du cabinet, Anne-Sophie Chéron, psychologue clinicienne, souligne le poids des comportements par omission. Absence de retours, de remerciements, d’information en amont des décisions : pris isolément, ces manques ne sont pas fautifs. Répétés, ils peuvent selon elle relever d’une négligence managériale. « L’absence d’un comportement attendu est tout aussi délétère que la présence d’un comportement inattendu », résume-t-elle.
Des alertes en hausse, mais une large part reste invisible
Dans la santé, 87 % des professionnels du signalement observent une hausse des alertes depuis trois ans, dont 38 % une forte hausse. Selon les auteurs de l’enquête, cette évolution ne signifie pas forcément que les situations s’aggravent. Elle traduit aussi une parole qui se libère et des dispositifs internes mieux connus.
Le décalage entre ce qui est vécu et ce qui est signalé reste important. Tous secteurs confondus, 46 % des professionnels estiment que moins d’une situation sur quatre fait l’objet d’un signalement. Près d’un salarié sur trois (31 %) n’oserait pas signaler une situation grave et répétée dont il serait victime.
Pourquoi les soignants se taisent
Parmi les salariés de la santé qui hésiteraient à signaler, la peur des conséquences sur la carrière arrive en tête (47 %). Elle est suivie de près par le sentiment qu’un signalement ne changerait rien (46 %). La peur de représailles et celle de ne pas être cru sont citées chacune par 37 % d’entre eux. Près d’un sur cinq (18 %) ne saurait pas à qui s’adresser.
L’enquête couvre un périmètre volontairement large : incivilités, pression, mise à l’écart, discriminations, violences, comportements sexistes. Les pourcentages mesurent donc des comportements déclarés, et non des cas de harcèlement juridiquement caractérisé. Par ailleurs, la catégorie « santé / hôpitaux » ne distingue pas l’exercice hospitalier de l’exercice libéral.
Côté employeur, la règle ne change pas : l’employeur doit évaluer et prévenir les risques de harcèlement et de violence interne, comme le rappelle l’INRS.
L’enquête place la santé parmi les secteurs où les comportements hostiles sont les plus fréquents, et où le silence pèse encore lourd. Pour les structures de soins, y compris les cabinets qui emploient du personnel, la question n’est pas seulement de recevoir les signalements. Il s’agit aussi de rendre les canaux d’écoute identifiables et sûrs pour ceux qui les utilisent.
Méthodologie : enquête réalisée en ligne du 9 au 16 septembre 2026 auprès de 3 100 salariés (méthode des quotas, données redressées) et de 2 700 professionnels du signalement.

